Insomnie

Publié le par hypos



Contre toute attente, ce matin en ouvrant les yeux, je me suis aperçue que la terre avait bien effectué sa révolution autour du soleil, qu'il y avait toujours du café dans le placard et que mes voisins vaquaient comme à l'accoutumée à leurs bruyantes affaires.
Bref, le monde n'était pas encore englouti et rien ne semblait différent de la veille.

Et je m'en étonne encore une fois.


Car je souffre d'insomnie.
D'ailleurs, le mot est mal choisi. Je n'en souffre pas.
Je vis pendant une partie de la nuit quand pour les autres, le temps s’arrête.
 

Durant ces parenthèses, les choses prennent un relief particulier.
Le temps n'a plus la même densité, il semble plus épais et s’écoule avec lenteur. Les minutes tombent comme de grosses et lourdes gouttes de mercure et se transforment aussitôt en minuscules billes silencieuses qui s’éparpillent.
L'espace se resserre, écrasé par des ombres profondes comme des trous noirs. Dans les puits de lumière, les angles sont plus vifs, les contours plus marqués et les couleurs, immobiles, figées, claquent davantage dans le silence.

Ce silence lui-même est habité d'anges qui passent.

Ces heures ne sont que les miennes.  Je grappille les minutes d'existence dans l'invariable compte à rebours. Je m’autorise la grande attente, la peur brute, le songe d’amour éternel, le film à l’envers.
Tandis que l’univers se restreint en un point minuscule au temps suspendu, je deviens une infinité de possibles et d’ailleurs.

Au bout d’une éternité, je suis aspirée toute entière dans ce monde de chimères que je ne crains plus et j’y plonge comme une masse, libérée et persuadée que demain ne sera jamais.



Publié dans Monologues

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article