Médiocrité

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Il y a quelques jours, j'intervenais dans les locaux d'une grande entreprise, au coeur d'une cité administrative.

Tours de verre et moquette, bureaux spacieux et fonctionnels, air conditionné et fenêtres bloquées, multiples ascenseurs propulsant vers des hauteurs vertigineuses, mini centre commercial intégré où se pressent à l'heure de déjeuner employés et cadres affairés.

J'avais depuis une petite heure entamé le sujet du jour, l'ambiance était détendue et le débat déjà nourri. Je ne pris pas immédiatement conscience de la sonnerie d'alerte au feu et les participants pas davantage.

Quand enfin nous comprimes qu'il nous fallait fuir un hypothétique incendie, chacun fit mine de se hâter avec lenteur vers la porte, qui après avoir rangé ses papiers, qui après s'être assuré de ne pas laisser son sac à main.

"Je la prends ?" me demande une stagiaire en désignant sa valise ?
Nous convenons ensemble de fermer la porte à clé.

Sitôt dit, sitôt fait, je jette un regard dans la pièce, claque la porte et tourne la clé. En horde, nous regagnions les issues de secours et commençons à dévaler les étages dans une remarquable cohue.

Soudain ça bloque devant. Une des participante vient de recevoir un appel sur son portable et son brusque arrêt provoque l'embouteillage  : Catastrophe ! nous avons laissé un des nôtres dans la salle ! Il est enfermé à double tour !

Aussitôt, nous voilà en train de regravir les marche à rebours du flot, c'est terrible, un début de panique agite le flux mais nous atteignons enfin la porte des locaux....Bloquée !! Rien ni fait, nous ne pouvons plus libérer le pauvre homme et l'angoisse nous gagne tandis qu'une furie déboule en criant : "ce n'est pas un exercice ! ce n'est pas un exercice ! "

Dans l'instant, notre petit groupe reprend la descente en cavalant, écrasant sans vergogne tous ceux qui lambinent devant. Partout nous cherchons des yeux la sécurité : rien, aucun gilet fluo ni brassard orange !

Au bout des douze étages, nous surgissons sur le parvis dans la foule compacte : le feu doit désormais déjà ravager les étages supérieurs et notre malheureux camarade doit être en train de commencer de griller sans pouvoir ni fuir par la fenêtre, ni fuir par la porte condamnée.


Enfin, nous avisons un pompier au coté d'un barbu reluquant son chronomètre. Je me dirige vers notre sauveur et lui explique en deux mots la situation.  Une autre tente de lui décrire les circonstances de l'incident. Il nous coupe la parole brutalement en nous invectivant : zut de crotte de biquette ! SON exercice est raté !

La-dessus, il expédie le pompier libérer notre ami et tourne sans plus de commentaire, les talons.


Un autre jour, demain peut-être, une même situation se représentera. Mais le feu sera réel et le prisonnier mourra qui sait ?.

Et rien n'aura été anticipé car la règle veut, en France, qu'une fois le "coupable" fouetté, le problème soit, aux yeux de tous, résolu.


Or qu'est-ce que le plus essentiel ? Savoir QUI est fautif ou bien comprendre POURQUOI la faute arrive ?

Seule l'analyse de l'enchaînement des événements qui aboutissent à l'erreur permet de trouver le dysfonctionnement et de mettre en place des actions correctives.

Stigmatiser le "fauteur de trouble" sans réfléchirplus loin, c'est se condamner à la médiocrité.



Publié dans Monologues

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GuiGrou 02/01/2009 13:51

@ flèche : oui, j'ai déjà une femme qui m'entretient et me fait rencontrer du beau monde.
Avec Marie-Laure se serait juste pour faire l'amour lassivement pendant des heures! :)))

fleche 02/01/2009 08:48

Je crois que GuiGrou veut être bigame, il m'a semblé lire plus haut qu'il avait déjà une femme !!!

J'avais déjà mis un com' sur cet article sur le blog trompe l'oeil, faux semblants et tutti quanti.

Cet article me fait aussi penser à un passage d'une oeuvre de Kierkegaard, mais j'ai bien évidemment oublié le titre et le genre !! Bref, le public est au théâtre, un acteur annonce le feu et le public n'y croit pas, mais le feu est réel.

Nos comportements ne changent pas, à vrai dire ils s'aggravent.

GuiGrou 30/12/2008 08:59

Mais le monde est médiocre, païen et barbare.
Il n'y a que toi et moi qui soyons de bonne volonté.
Veux-tu m'épouser?