Réveillons

Publié le par hypos

Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de "joyeux" réveillons de nouvel an. Plus souvent, je conserve une sensation assez glauque de ces ripailles obligées sur fond de deuil.

Evidement, comme tout le monde, j'ai connu toutes sortes de ces fiestas funèbres dont l'unique objectif est d'atteindre les douze coups de minuit pour bisouiller son voisin (et là, je reste soft). Je vous passe le réveillon de famille qui ressemble en tous points à celui de Noël ou bien le réveillon avec Doudou qui n'est qu'un agréable remake de nos premiers dîners d'amoureux, et j'oblique directement vers d'autres styles de Saint Sylvestre..


Le style auberge espagnole est le plus fréquent.
Chacun y amène son grain de sel et y défend son bout de gras. Normal car en général l'hôte n'ose pas imposer la répartition des denrées ni déposer une liste comme pour un mariage. Du coup, le buffet des réjouissances se couvre systématiquement de pains, charcutailles et poissons gras tandis que l'on note une cruelle absence de verdure. Pareil pour les boissons : c'est toujours le déséquilibre entre alcools forts et eaux minérales. Il s'agit donc d'arriver bien armé, soit que l'on mange avant, soit que l'on s'empare avant les autres des meilleurs morceaux. Pour la séquence musique, c'est le même topo, chacun a apporté son écot et on passe sans transition de la ballade nostalgique des plus vieux à la techtonik du plus jeune. Pour faire passer la cochonnaille, on avale quantité de liquides. Pour fuir le tête-à-tête avec le collant enivré, on sympathise avec des tas d'inconnus différents. Pour finir, on roule seul ou accompagné sous la table, ou bien on rentre en tanguant, l'haleine lourde et la tête vide.

J'ai connu - et commis aussi je dois l'avouer - le style paillettes.

Il s'agit là de faire dans le raffiné, les petits plats dans les grands, la belle nappe et la vaisselle dorée, les huîtres chaudes au champagne et le foie gras poêlé, la robe fourreau noire et la musique de Bach. On s'emmerde poliment dans le cling-cling des couverts, on échange d’oiseux propos en sirotant de bons vins. Notre copine Truc - qui reçoit - passant trop de temps en cuisine, on en profite pour reluquer son mari Machin que l'on trouve, au choix, idéal (ce qui fiche le bourdon) ou imbuvable (ce qui fiche le bourdon aussi). A minuit, ça tombe bien, on a terminé le dessert, on se bisotte sur les joues en s'échangeant des compliments et on peut enfin sabrer le champagne avant de s'éclipser discrètement. Seul, accompagné, mais toujours soulagé.

Plus rigolo mais totalement indigeste, il y a aussi le réveillon de beaufs.

J'ai aussi donné. On n'a rien prévu avec une copine. On se décide à "faire quelque chose" sur le coup des 16 heures. Ça tombe bien, il y a réveillon à la salle des fêtes de Trifoulli. Le plus palpitant ce sont les préparatifs quand on essaie en riant toute notre garde robe et qu'on s'échange, dans la salle de bain, tous nos produits de maquillage. Enfin prêtes, bras-dessus bras-dessous, on se rend au "bal" et on se retrouve vite calées, le long d'une tablée de douze mètres, entre un représentant de commerce jovial et sa duchesse enturbannée. Arrivent alors les plats, à une cadence invariable, apéritif, mise en bouche, entrée 1, entrée 2, plat 1, plat 2, trou normand et pause café. Tout cela dans un cafard-à-homme pas possible, avec chenille, danse des canards, valse à trois temps, Gilbert Montagnier et gamins dans les jambes. A minuit, on est saoulé de bruit, on cherche dans la foule la seule personne que l'on connaisse et qui a disparu, on est entraîné de force dans la sarabande. On termine aux toilettes pour vomir, étouffé par des centaines de poitrines trop généreuses ou perdu dans la pampa sans avoir retrouvé l'amie.

Finalement, je préfère le réveillon virtuel.

Celui-ci a l'indéniable avantage de ne pas nécessiter de préparation. On peut oublier la crème Veet et s'éviter l'élégance. De la même manière, on peut - en lieu et place du caviar - s'avaler une bonne tartine de rillettes.  On peut s'autoriser une série télévisuelle idiote mais on peut aussi participer, si on préfère, aux préparatifs des amis de oueb qui viennent les uns après les autres nous raconter leurs "tranches de vie", nous poster des photos live ou nous faire part de leurs états d'âme. Certains peuvent modifier leurs avatars pour l'occasion et proposer une photo à leur avantage pour faire croire qu'ils ne sont pas déjà en robe de chambre. Personnellement, je préfère me la jouer "nature". Ensuite, tout est question d'envies. On peut aussi bien picoler tranquilou que s'offrir une petite sieste, attaquer les sodokus comme se plonger dans un bon roman. A tout instant, on peut revenir partager la fête, on peut même choisir le réseau qui nous va le mieux. On peut - ou non - arriver à minuit pile pour embrasser tout le monde. On peut - ou non - envoyer des billets mignons. On peut - ou non - taper sur les casseroles avec les voisins.  Bref, c'est la liberté totale sans l'isolement déprimant, c'est l'amitié partagée sans les miasmes. C'est le réveillon que je préfère.


Publié dans Autodérision

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fleche 02/01/2009 12:01

C'est très difficile d'aller à contre courant. Tout le monde ou presque fait comme ça, du coup ils ont l'impression d'être de "mauvais enfants" parce qu'ils laissent maman à la maison.
C'est le regard des autres, la pensée des autres qui les as formatés !!!

marie laure 02/01/2009 10:41

Je ne suis pas loin de penser comme toi et ce qui est bizarre, c'est de voir à quel point cela culpabilisent mes gosses de me laisser seule pour ce genre de soirée. J'ai beau leur dire que je m'en fiche, ils sont totalement normatifs : le 31/12 il FAUT faire la fête :(

fleche 02/01/2009 10:13

De même que je ne souhaite la bonne année qu'aux personnes avec qui j'ai un lien réel ou virtuel, je n'aime pas les fêtes sur commande et mes très proches non plus.

Donc chez nous, excepté pour Noël où nous faisons un effort pour "ma maman" nous ne réveillonnons pas, nous ne faisons pas particulièrement la fête au sens où la plupart des gens l'entendent.

Quelle différence entre le 31 décembre et le 1er janvier ? A part le fait que vous avez vieilli d'une journée, il fait toujours froid, la crise est toujours là, le mécontentement monte toujours, le président est toujours là.

GuiGrou 01/01/2009 21:56

:))))

marie laure 01/01/2009 21:05

Je suis insatiable :-)