Paradoxe

Publié le par hypos

Il faudrait que je pleure là. Que je lâche le trop plein d'émotions.
Mais je n'y arrive pas.
Il faut que je pleure parce que je suis triste, parce que le deuil de cette rupture n'en finit pas de ne pas se faire. Parce qu'il me manque. Parce que je l'aime encore. Parce que, ne pas le faire, c'est me condamner à ne plus avancer.

A force de me "contenir", j'ai mal partout.

Ce qui est amusant, en quelque sorte, c'est que par ailleurs, je gagne en partie ma vie en aidant les autres à lâcher prise et en leur apprenant à se donner des permissions, à s'entraîner à de nouveaux comportements, à oser exprimer positivement leurs ressentis ... Bref, toutes ces approches qui se vendent si bien. Et qui d'ailleurs les soulagent tant et si bien qu'on me rappelle pour d'autres qui éprouvent les mêmes difficultés...

Quel paradoxe !
Je suis tout à fait capable de savoir ce qui dysfonctionne dans mes agissements. Je sais que je ne prends pas le temps d'exprimer les émotions que je ressens. Je sais que j'utile des transferts vains et même nocifs : la colère au lieu des pleurs, les pleurs au lieu de la peur, la peur plutôt que les pleurs. Pour autant, je ne m'applique aucun des "remèdes" que j'enseigne !

Je dis ne pas avoir le temps de "faire le tri" dans mes émotions mais je suis capable de perdre de longues heures en d'inutiles activités. Je sais que, ce faisant, je ne fais que me fuir.
Je dis : j'ai grandi, je m'affirme mieux, j'ai davantage de confiance et d'estime de moi. Mais je me protège de la relation aux autres en vivant enfermée la majeure partie du temps dans la matrice de mon foyer dont presque personne ne franchit le seuil. Et lorsqu'il me faut sortir, je dresse parfois, entre les autres et moi, une invisible mais nécessaire protection chimique.
Sur les plaies, je pose des cataplasmes techniques qui me permettent de faire "bonne figure" quand au fond, tout se craquelle et, cachant au regard des autres fissures et  faiblesses, je peux les occulter à mes propres yeux.
Pour un moment.

Dans un temps plus éloigné, je fus cliente de psychothérapeutes. Ce qui ne m'a pas fait de mal, loin s'en faut. Mais au bout du compte, à force de me pencher sur ma propre histoire, je l'ai tellement bien "objectivée" que je regarde désormais mon passé comme on le ferait d'une bouteille posée sur une table : je suis capable de décrire chaque bleu et chaque bosse, d'intellectualiser les apprentissages de ma jeunesse et leurs conséquences sur ce que je suis aujourd'hui. Cela ne m'aide nullement car plus je décode, plus je rationalise, moins je ressens et moins je peux reconstruire sur ces souvenirs "en boîte" qui me semblent désormais ne plus être les miens.

Mieux encore, l'idée même de me raconter encore et encore, me fatigue d'avance. J'en baille d'ennui avant que d'avoir commencé. D'autant plus que j'ai, de manière aiguë, conscience de l'extrême futilité de ma petite existence à l'aune du monde : mes drames sont indécents de banalité, mes souffrances d'honteuses broutilles...

Manifestement, pour débloquer la situation, il me suffit maintenant de le vouloir. En d'autres termes, la ressource qui me reste, c'est moi-même.
Ce constat ne rend pas les choses plus simples.

Ce qui me freine, c'est la peur.  La peur de moi-même. La peur d'être confrontée à ce qui pourrait arriver si je débloquais les verrous et laissais s'échapper les émotions qui couvent. 
Quand certains trouvent une certaine forme de paix illusoire en maîtrisant tout leur environnement, je sais que c'est une manière de se maîtriser soi-même avant tout. Aussi, j'ai appris à ne plus vouloir tenir coûte que coûte les rênes de ma vie, encore moins de celle des autres.
Mais, mais...Je n'ose pas encore ME lâcher la bride (ou la grappe devrais-je dire ?).

Ce qui est finalement tragi-comique dans l'histoire, c'est qu'exprimer tout cela ne me sert à rien.
Au pire, mon interlocuteur me gratifiera gentiment de quelques conseils que, forcément, à force d'avoir"consulté" puis  étudié la question au point d'en faire mon métier, je qualifierai aisément de "vaseux". Au mieux, l'autre se  taira ce qui aura au moins l'avantage de ne pas m'exaspérer (ou me désespérer) un peu plus.

Je connais les serrures, j'ai les clés en main.

Je dois y aller.
 

Publié dans Monologues

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fleche 25/01/2009 14:20

Je ne t'aurai pas posée la question si ton texte n'avait pas eu d'écho en moi.
Et effectivement, si j'ai fini par cette phrase, c'est que je savais de façon intrinsèque, que je posait une question essentielle. Oups je dis deux fois la même chose là ou presque, tant pis !

Evidemment que la confiance est au coeur du problème.

Evidemment que nous ne nous faisons pas confiance, en tout cas pas suffisamment.

Je n'ai pas la même approche de la méditation que toi. Par contre après avoir essayé seule, je sais que je ne suis pas prête à aller plus loin, pas prête à être conduite.

La méditation pratiquée quotidiennement apporte c'est certain un recul par rapport au vécu et semble-t-il des réponses à nos questions. Je ne suis pas allée assez loin pour savoir.

marie laure 25/01/2009 14:09

@Flèche
"c'est faire confiance à l'autre, est-ce que tu t'en sens capable ? "

Comme tu dis que mon texte "résonne" en toi, tu sais donc que tu poses là la question de fond, celle de la confiance (en soi donc dans les autres). C'est parce que nous n'arrivons pas à avoir confiance en nous que nous n'arrivons pas à lâcher-prise ;-)

Ma soeur est une adepte de la méditation et pratique au temple. Elle en a fait une nouvelle manière de vivre...Comment dire ? ... Je en suis pas convaincue et je me demande parfois si il n'y a pas là-dedans une forme d'autosuggestion proche de la méthode Couet.

Cependant, il semble qu'elle en retire une certaine forme de "zénitude", en tout cas, elle le croit, ce qui est déjà un grand pas vers le bien-être :-)

fleche 25/01/2009 13:57

Je crois pourtant que tu as tous les atouts en toi pour t'autoriser à te faire confiance.

Vois-tu, la méditation me semble être un chemin à explorer.
Chemin spirituel, chemin profond où tu te trouves toi-même et où tu peux trouver des réponses. C'est assez ésotérique ma façon de parler.

Si tu es en région parisienne, et je crois que c'est là que tu résides, peut-être y a-t-il des centre bouddhistes ou tout autre centre où tu pourrais trouver un maître qui t'aide dans la méditation. Ce n'est pas un exercice que l'on peut faire seul(e), enfin, pendant un temps mais ensuite on n'avance plus si on reste seul(e), après il faut être accompagné(e) pour pouvoir aller plus loin.

L'hypnose, je n'y crois pas, tu ne lâcherais pas prise. Tu es bien informée des mécanismes d'auto-suggestion, et je ne vois pas qui pourrais te faire lâcher à part toi-même par ta propre volonté.

L'hypnose c'est faire confiance à l'autre, est-ce que tu t'en sens capable ?

marie laure 25/01/2009 13:18

@ Flèche
En 2000, après une sale période pendant laquelle j'avais soutenu au plus près ma soeur dont le mari venait de mourir, j'ai "pété un câble" et j'ai commencé à souffrir de crises de panique.
Je suis restée plusieurs semaines sans pouvoir sortir de chez moi avant que psychothérapie et surtout antidépresseurs viennent à bout de ces paniques insupportables.
(Pour les crises de panique, et même si l'on n'est absolument pas dépressif - ce qui était mon cas - le Déroxat est souvent la seule solution).

Une fois un peu remise, j'ai décidé de commencer une formation de sophrologie. Ce que j'ai fait pendant un an jusqu'à recevoir mon petit diplôme.

J'ai donc appris et ensuite pratiqué assidument ces techniques et également différentes méthodes de relaxation plus traditionnelles.

Oui, bien évidemment, cela procure un grand bien-être et permet de se ressourcer profondément.

Mais...

Pour des problèmes plus importants, cela ne résout rien...Un peu comme si on soignait un cancer avec des herbes : ça ne fait pas de mal mais c'est nettement insuffisant.

Je souffre toujours de paniques et j'ai décidé, il y a 7 ans, de ne plus prendre de traitement médicamenteux au long court : je me contente de sucer un xanax quand la crise est trop sévère car, quand tu crois devoir mourir dans l'instant, inutile de te dire que tu peux toujours aller faire un brin de relaxation ! C'est absolument impossible et mon cerveau reptilien refuse mordicus de me laisser tranquille et de cesser d'envoyer ses signaux d'alerte rouge.

Depuis bientôt 10 ans donc, je vis avec ce calvaire qui m'empêche de prendre l'avion, de sauter dans un TGV, de rouler sur une autoroute, de rester dans un ascenseur ou au milieu de la Défense, sans avoir aussitôt des suées, une trouille phénoménale et in-fine, recours à mes petites pilules.

Le souvenir de la panique est toujours là, prêt à ressurgir à la moindre occasion : thérapie traditionnelle, thérapie comportementale, capacité de réflexion, connaissance du processus, maîtrise des techniques de relaxation.. Rien n'arrive à vaincre ce qui est désormais inscrit dans une partie profonde de mon cerveau.

Là aussi, j'ai trop "objectivé" : connaître ne sert à rien et je n'arrive plus à faire confiance ni en moi-même ni aux différentes thérapies disponibles dont j'ai décortiqué l'action potentielle.

Je me suis récemment demandé si l'hypnose ne serait pas une bonne solution, bien que je sois très très circonspecte sur ce genre d'approche.

fleche 25/01/2009 12:41

"plus je décode, plus je rationalise, moins je ressens et moins je peux reconstruire sur ces souvenirs "en boîte" qui me semblent désormais ne plus être les miens", cet extrait de phrase m'a particulièrement touchée Marie-Laure, et entre en résonance avec une partie de moi.

Et quand on en est là, difficile de "lâcher prise" par rapport à sa vie même.

J'en arrive à me demander si c'est possible.

Sûrement .... peut-être pas par la relaxation ou autres approches mais peut-être en allant plus en dedans, peut-être donc par la méditation.

à méditer ... :) le plus humblement possible.