Ressac

Publié le par hypos

"...Dégueulasse...."
Un coup de poing reçu dans le plexus.
Mépris et haine-amour de ma fille balancés en pleine face.
Non, pas en plein visage justement.
A demi-mots, entre haut et bas, dans un soupir sifflant, entre deux portes.

Son regard sur moi qu'elle croise nue dans le couloir par inadvertance.
Ses yeux blonds qui me tranchent.

Je suis une mère impudique. Je revendique mon existence de femme et je me débats bruyamment contre l'espèce d'enfermement auquel me condamne mon état de mère. Je témoigne de ce que je suis, je plaide ma cause dès que je les sens trop indifférents, j'affiche mes joies et mes choix comme mes doutes  et mes peines.


Je suis une mère plus attentive que tendre et plus inquiète que disponible.

Mes rapports avec mes enfants sont passionnels, dénués d'ambiguïté et de fioritures. Mes relations avec les filles, en particulier, sont empruntes d'une tendresse brute et brutale. La rage n'est jamais très éloignée de l'amour. Aucune d'entre nous n'a le droit de faillir, chacune se doit d'être exemplaire, de ne jamias décevoir.


Pour mes enfants, il ne fait aucun doute que je suis un être de chair et de larmes et mon "humanité" les dérange. Quelle qu'elle soit,  ma vie personnelle empiète sur la leur. Il n'est pas seulement question de temps dont je les priverais, ni de rencontres que je leur imposerais, ni non plus  d'une sexualité débridée dont ils seraient les témoins forcés.  C'est en réalité beaucoup plus subtil que cela car c'est surtout de me savoir envahie d'émotions, de pensées, de désirs qui les gêne, comme si l'intimité de mon être, trop évidente et peut-être trop semblable en vérité à la leur, les empêchait de se construire en toute liberté.


C'est en ce sens que je suis, et bien malgré moi, impudique. Je n'arrive pas à contenir le flot des passions qui m'agitent et inévitablement le trop-plein déborde en colères ou en rires, en pleurs, en silences, en spasmes nerveux, en malaises divers, en boulimie de travail, en chansons ou en périodes de léthargie subite. Je n'ai, pour un adolescent, rien de rassurant car je suis, comme un livre ouvert trop facile à déchiffrer, la preuve vivante que les années n'apportent aucun repos et que - ce qui est tragique à l'âge où l'on a soif d'être unique et faim d'une vie meilleure - les émotions et contradictions qu'ils ressentent sont, pour tout homme, la fois universelles et perpétuelles.


Aujourd'hui, tandis que mes filles entament leur vie de femmes  dans les derniers affres de l'adolescence, mon incertain bonheur leur est insupportable.

 

 






....

Mais ne voulez-vous pas comprendre
Aveugles et sourds
Qu'elle meurt de manque de tendre
Besoin d'amour
Elle a longé des précipices
Sans le savoir
Elle hait tous les sacrifices
Tous les devoirs
Elle voudrait tellement qu'on puisse
Lui en vouloir

C'est sans espoir, c'est sans espoir
Maman, elle est bien mieux que ça
Mais c'est la reine de Saba
C'est Cléopâtre et la Joconde
Bardot et Lollobrigida
C'est évident pour tout le monde
Sauf pour vous, qui ne voyez pas
Que vous avez chaque seconde
Étouffé la femme en vos bras

Mais il suffit d'une secousse
D'un coup au cœur
Elle se fera la peau douce
Vous aurez peur
Elle réveillera en elle
Celle qui dort
Elle se souviendra d'être belle
Sans trop d'efforts
Elle fera des étincelles
Perdra le nord

Oui mais alors, oui mais alors
Maman, elle va vous étonner
C'est Madeleine et Salomé
C'est Pompadour et Lavallière
Mais c'est Gabrielle d'Estrées
C'est la dernière des dernières
C'est tout, sauf ce que vous croyez
C'est une femme qui naguère
S'est tout simplement oubliée

C'est Madeleine et Salomé
Maman, elle va vous étonner
C'est pas Thérèse d'Avila
Maman, mais c'est pas du tout ça !



Publié dans L'état de mère

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Librellule à tête de chat 23/05/2010 23:53


Envie de lire des textes de femmes, et de femmes engagées surtout, de femmes qui osent, qui l'écrivent.

Voilà, je me vois dans vos petits bouts de vie quotidienne, je me vois et ça fait du bien.
Cordialement,
Valérie


hypos 03/10/2009 10:14


Merci carla pour ce message. Quand j'exprime ici des bouts de moi, je me demande parfois "à quoi ça sert" hormis à me faire, à moi, du bien. ça me fait plaisir de savoir que d'autres peuvent
partager mes ressentis. L'impression d'avoir ici et là, des "soeurs d'émotions" :-)


Carla 02/10/2009 11:29


De temps à autre, au détour d'un blog, au hasard d'un bon sur le net, on rencontre un éclat, un éclair, quelqu'un qui met des mots sur ses sensations, ses sentiments, et qui sans le savoir vous
aide à mettre enfin ces mots sur vos propres sensations et sentiments.
Merci.


olympe 30/09/2009 15:14


de toute façon avec les ados (et moi aussi c'est plus vrai avec mes filles) on est toujours trop ou pas assez. il faut bien qu'ils coupent le cordon d'une façon ou d'une autre
tu sais que je parle en connaissance de cause. (triple soupir)

sinon je crois que la pudeur, aussi bien du corps que des sentiments, est propre à cette génération. après des générations pour qui se ballader nu dans le salon était une affirmation de sa liberté
et de son bien être, ou les sentiments étaient assumés et revendiqués, eux préfèrent en montrer le moins possible, du moins aux adultes.