L'autre dimension

Publié le par hypogée

Mais oui, cela fait bien longtemps que j'ai déserté ton monde !

 

Chess.jpgUn monde horizontal, de surface, plat et linéaire, en deux dimensions. Un monde binaire partagé entre ce que tu crois être le bien et le mal. Un monde en bichromie, fini comme la surface d'un échiquier où le noir et le blanc te servent de repères .

 

Un monde sans relief ni doute ni clair-obscur  mais plein d'ombres, de principes et de fausses certitudes.

Un monde dans lequel le nain s'imagine dominer. Où le borgne règne sur des aveugles. Un monde où le médiocre, décoré comme une tête de veau un jour de banquet, se pense digne de respect, exige
l'obéissance.

Fier de son aveuglement,  certain d'être protégé par le dieu qu'il a fait à son image, le médiocre avance vers la poussière en brandissant son cierge comme un bouclier, persuadé que son illusoire foi le sauvera du néant. Superbe en sa vanité, de l'autre main il se tâte les couilles, ravi de les voir là, comptant sa
descendance pour prouver sa virilité, trouvant dans cette excroissance matière à se réjouir, satisfait d'y puiser son essence.


Alors que dans ce monde de surface, le médiocre  pavane en se croyant géant, sous une perspective différente, il ne fait que ramper, vautré dans sa propre boue qui le suit comme la bave l'escargot.

Sur son pré-carré, le voilà qui tourne en rond autour de son nombril. Le voici alors centre du monde, croit-il.


"A moi la fortune ! A moi l'éternité !" crie-t-il dans son délire.

" Haro sur l'inconnu ! Haro sur l'étrangeté !" lui font écho ses pairs.



Oui j'ai quitté ton monde !

 


Et j'ai atteint des horizons plus vastes, éclaboussés d'éclairs de passion, parcourus de tornades de désir, profonds comme mes doutes, mouvants comme la vie.


Ici, pas de vérité. Tout peut devenir contraire. La
vertical-horizons.jpgcouleur est partout. La souffrance à bon goût. La joie est nostalgique, la peur rattrape l'orgasme, la colère vivifie. La mort est une fin qui donne de l'épaisseur. L'incertitude guide mes pas et libère mon esprit. Je savoure chaque instant, je me moque du demain qui m'effraie, j'arrose d'une larme les fleurs de cimetière écloses sur ma main, je tire la langue aux enfants et je rêve en suçant mon pouce.


Au soleil, je donne ma chair entière. A mon amour, tout mon être. A mes enfants, ma joie. A mes amis, mes sourires. Au crétin, ma main. Au méchant, mon rire.


Ce qui pour Cassandre, ta femme, est une damnation, n'est pour moi qu'aventure.


Que me chaut de conserver verres en cristal ou couverts d'argent si mon amour toujours me tient dans ses bras ? Que m'importe la misère si la chaleur des miens me réchauffe ? Ai-je besoin de me plier au joug laborieux si je peux me nourrir d'herbes folles ?


Et le croiras-tu ? Quelle injustice !! Dans ce monde de liberté qui n'est pas le tien, celui qui donne reçoit au centuple !



Et peut-être, même, Dieu tient-il ma main car je ne Lui demande rien...


Publié dans Natures mortes

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