Le sens profond de l'insensé

Publié le par hypogée

Avant même de se poser la question de la rapidité de ce remariage, après le divorce de C., c’est sur le sens de cette union elle-même que j’ai réfléchi pendant des semaines, après qu’il m’ait demandé ma main, si peu de temps après notre rencontre.


En effet, rien a priori ne justifiait que nous officialisions devant la loi notre amour et notre couple naissant.


Faire des enfants et fonder une famille ? il en est hors de question puisque mon âge rend caduque ce projet, qui du reste est à l’inverse de notre souhait : nos enfants respectifs, cette fratrie recomposée, suffisant largement à notre réalisation personnelle.


Projeter l’achat conjoint d’un bien immobilier ? Préparer les fondations d’un patrimoine commun ? Cela non plus n’est aucunement nécessaire puisque je suis déjà propriétaire et que C. n’a nul besoin de mon aide pour acquérir s’il le souhaite un bien éventuel.


La volonté de sécuriser notre relation en envisageant le mariage comme une manière de contraindre l’autre à rester uni à soi ? Là encore, cet aspect est à exclure puisque nous savons l’un et l’autre qu’une union officielle n’est en rien gage de pérennité…


http://1.bp.blogspot.com/_L7cnhpMihUQ/SQM4d9tk5NI/AAAAAAAAAMM/d0G0VJm6MI0/s320/les+amants2.jpgCe mariage n’a aucune raison d’être. Et c’est justement cette gratuité de l’acte qui lui donne tout son sens.

Un sens bien au-dessus des contingences matérielles qui président trop souvent à l’union de deux êtres.


Après que nous ayons, C. et moi, vécu déjà espoirs et déceptions, après que nous ayons, lui et moi, tâtonné à la recherche du bonheur et pris souvent des chemins de traverses qui nous ont conduits à des impasses, des non-dits, des faux-fuyants médiocres, des accommodements peu glorieux avec notre conscience, nous avons désormais envie d’avancer sur le chemin de la clarté et de l’honnêteté vis-à-vis de nous-mêmes. Tout en étant parfaitement conscients des enjeux de ce choix.


La fidélité totale à l’autre, l’engagement définitif quelque soient les difficultés que nous aurons immanquablement à traverser, la volonté de dépasser les réactions de fuite lâche, le refus désormais des solutions de facilité ou du mutisme confortable qui évite le dialogue sur les questions de fond parfois si douloureuses…


Au travers de ce choix, notre décision de nous marier prend un sens presque philosophique. C’est un choix adulte et réfléchi que nous faisons en conscience. Conscience de nos échecs passés, conscience sans concession de nos torts respectifs, conscience de nos différences, en particulier celle de l’âge, conscience des difficultés de la route.


Mais c’est aussi un chemin que nous voulons parcourir ensemble parce que nous avons le sentiment aigu de nos ressemblances profondes, de nos aspirations communes, de nos sensibilités si proches, et de ce soulagement si grand et si rare de n’être enfin plus seul. 


Peut-on croire que ce soit sans réflexion que nous ayons décidé de nous unir, alors que la recomposition familiale ne ressemble en rien à une image d’Epinal et exige de nous une vigilance et une attention permanente ? Et peut-on croire que ce soit sans réflexion que nous ayons décidé de nous unir alors que, de toute évidence, je vieillirai plus vite que celui que j'aime et qu’en toute logique ce sera lui qui accompagnera mes derniers instants ?

...


Il y a tellement d’aspects de notre couple que nous avons étudiés, dont nous avons discutés, qui nous ont même parfois heurtés l’un  à l’autre, que ce dialogue permanent vaut bien des années de vie commune, vie commune si souvent superficielle et illusoirement harmonieuse pour d’autres.


S’engager dans le mariage n’est pas exempt de risques ni de difficultés et nous ne prenons pas ce chemin avec crédulité et naïveté. Bien au contraire, c’est pour nous un acte grave même s’il est heureux. Mais cette route que nous suivrons désormais main dans la main est celle qui nous semble la plus propice à notre réel bonheur.

 

 


 

Les amants - Leparoux

 


Publié dans Monologues

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