Stridulations

Publié le par hypos

Je voudrais tant avoir l'âme en paix !
Ou la paix, tout simplement...

De méchantes petites fourmis me parcourent le corps dès que je lève les yeux et considère mon terrier bouleversé.  De mauvaises stridulations transpercent le calme du foyer. Quelque chose d'imprécis se resserre alors subitement et dérègle brusquement quelques  battements de mon pouls.
La recomposition a tendance à me décomposer. Je suis à bout. Je bous.


http://images.cdn.fotopedia.com/flickr-3052577884-image.jpgC'est que j'avais assez de ma tribu !


Je me demandais déjà pourquoi j'avais eu autant d'enfants, qu'elle mouche m'avait piquée pour me coller aux basques autant de gentils boulets encombrants, quel but je poursuivais en multipliant les têtes blondes. Et les chiens galeux. Et les chats égarés. Et les poissons rouges malencontreusement gagnés lors de kermesses d'école !!...

Moi qui suis plus éprise de liberté que de toute autre chose, moi qui sais si bien m'arracher la moitié du coeur quand le huis-clos de l'amour ne me laisse plus le choix d'aspirer ailleurs un air nouveau, comment en étais-je arrivée à m'entraver de la sorte ?

Peut-être avais-je peur, au fond, de m'envoler et de me dissoudre. Sans doute qu'il m'était nécessaire de me clouer au sol et dans le réel. Mon identité propre, je l'avais toujours fuie avec un surprenant acharnement, préférant me masquer derrière d'autres identités de façade. Celle de mère, comme mes autres masques, me convenait parfaitement.


Mais le temps passant, j'avais appris à n'avoir plus peur de la solitude, à ne plus craindre de perdre pied, à accepter d'être un feu follet. A goûter cette liberté nouvelle d'être moi-même. Réconciliée.

Je voyais grandir les petits avec un profond soulagement. Chaque année tuée, chaque centimètre gagné, c'était la fenêtre qui s'ouvrait un peu plus largement. La respiration devenait plus ample. Le geste se ralentissait, évitant de fastidieuses besognes. L'esprit se dégageait d'assommantes préoccupations.

Je voyais poindre enfin l'aube du jour attendu où chacun de mes enfants s'envoleraient du nid me laissant enfin tout l'espace pour m'ébrouer et m'élancer à mon tour.


Amour arriva alors, lui que je n'espérais plus, pour le coup.
Une bourrasque me fit vaciller. Le vertige me saisit. La tornade me fit prisonnière consentante et soumise.

Avant l'heure, je décidai de prendre mon envol vers où me guiderait Amour.



Hélas, Amour est enchaîné.
Je me suis ré-enchaînée aussi.



Illustration Jérôme Mesnager

Publié dans L'état de mère

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FVZ 26/12/2009 03:52


bises, et ... noyeu joël ! après tout, ce sont les tiennes, les têtes blondes. Et heureusement qu'elles grandissent ! Et c'est vrai, tu passes doucement d'un niveau de souci "matériel" à un niveau
plus "intelo". Quand on aime, on en prend pour 20 ans...


hypos 25/12/2009 12:30


@series
Merci beaucoup d'avoir laisser un message ici car j'aime beaucoup quand mes écrits peuvent résonner pour d'autres et particulièrement quand ce sont des personnes inconnues de moi qui prennent le
temps de me faire un petit signe de reconnaissance :-)

@le franc-mac
Difficile de deviner qui se cache derrière ce pseudo :-) Je te réponds quand même comme on envoie un message à la mer : si tu es surpris de mon coup de ras le bol, c'est que tu ne me connais pas
encore assez bien ... Tu saurais que - dans mon état de mère - je suis bourrée de sentiments contradictoires (et donc culpabilisants ;-) )!


le franc-mac 24/12/2009 15:35


hum! pas convaincu par le plaidoyer anti-têtes blondes,surtout venant de ta part.
Noël ou pas, ils sont notre première fierté ...
Cochon qui s'en dédit :-))


series 23/12/2009 20:32


juste pour dire que je comprends très bien ces entraves dont tu parles, même si ce sont des boulets de l'amour... je suis aussi éprise de liberté, croyant avoir peur de la solitude, je me rends
compte qu'elle est mon alliée...je comprends tellement ton texte! de bonnes fêtes à toi