Hypogée, ce qui se développe au-dessous de la surface du sol, dans la terre, dans les grottes ou les eaux souterraines ...



Petits papiers classés

Derniers Commentaires


Il y a    personne(s) sur ce blog
6

Natures mortes

Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 13:46

Mais oui, cela fait bien longtemps que j'ai déserté ton monde !

 

Chess.jpgUn monde horizontal, de surface, plat et linéaire, en deux dimensions. Un monde binaire partagé entre ce que tu crois être le bien et le mal. Un monde en bichromie, fini comme la surface d'un échiquier où le noir et le blanc te servent de repères .

 

Un monde sans relief ni doute ni clair-obscur  mais plein d'ombres, de principes et de fausses certitudes.

Un monde dans lequel le nain s'imagine dominer. Où le borgne règne sur des aveugles. Un monde où le médiocre, décoré comme une tête de veau un jour de banquet, se pense digne de respect, exige
l'obéissance.

Fier de son aveuglement,  certain d'être protégé par le dieu qu'il a fait à son image, le médiocre avance vers la poussière en brandissant son cierge comme un bouclier, persuadé que son illusoire foi le sauvera du néant. Superbe en sa vanité, de l'autre main il se tâte les couilles, ravi de les voir là, comptant sa
descendance pour prouver sa virilité, trouvant dans cette excroissance matière à se réjouir, satisfait d'y puiser son essence.


Alors que dans ce monde de surface, le médiocre  pavane en se croyant géant, sous une perspective différente, il ne fait que ramper, vautré dans sa propre boue qui le suit comme la bave l'escargot.

Sur son pré-carré, le voilà qui tourne en rond autour de son nombril. Le voici alors centre du monde, croit-il.


"A moi la fortune ! A moi l'éternité !" crie-t-il dans son délire.

" Haro sur l'inconnu ! Haro sur l'étrangeté !" lui font écho ses pairs.



Oui j'ai quitté ton monde !

 


Et j'ai atteint des horizons plus vastes, éclaboussés d'éclairs de passion, parcourus de tornades de désir, profonds comme mes doutes, mouvants comme la vie.


Ici, pas de vérité. Tout peut devenir contraire. La
vertical-horizons.jpgcouleur est partout. La souffrance à bon goût. La joie est nostalgique, la peur rattrape l'orgasme, la colère vivifie. La mort est une fin qui donne de l'épaisseur. L'incertitude guide mes pas et libère mon esprit. Je savoure chaque instant, je me moque du demain qui m'effraie, j'arrose d'une larme les fleurs de cimetière écloses sur ma main, je tire la langue aux enfants et je rêve en suçant mon pouce.


Au soleil, je donne ma chair entière. A mon amour, tout mon être. A mes enfants, ma joie. A mes amis, mes sourires. Au crétin, ma main. Au méchant, mon rire.


Ce qui pour Cassandre, ta femme, est une damnation, n'est pour moi qu'aventure.


Que me chaut de conserver verres en cristal ou couverts d'argent si mon amour toujours me tient dans ses bras ? Que m'importe la misère si la chaleur des miens me réchauffe ? Ai-je besoin de me plier au joug laborieux si je peux me nourrir d'herbes folles ?


Et le croiras-tu ? Quelle injustice !! Dans ce monde de liberté qui n'est pas le tien, celui qui donne reçoit au centuple !



Et peut-être, même, Dieu tient-il ma main car je ne Lui demande rien...



Publié dans : Natures mortes - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Vendredi 28 mai 2010 5 28 /05 /Mai /2010 17:13

Perte d'argent, perte légère ; 

perte d'honneur, grosse perte ;

perte de courage, perte irréparable.

[Johann Wolfgang von Goethe]

 

 

Plaie d'argent n'est pas mortelle, n'est-ce pas ?

 

Allons ! On ne va pas se laisser abattre et baisser les bras pour deux ridicules abîmes financiers !

On ne va pas non plus geindre et renâcler parce qu'il faut additionner les zéros.

 

Hardis petits, hauts les coeurs !

 

Et tandis que je calcule petit petit pour compenser la plaie béante que laisse dans mes comptes un funeste geste de secours, je me mets à rire.

 

Ce doit être nerveux.

 

Baste ! Nous irons donc passer nos vacances les fesses à l'air, nous ferons ainsi des économies sur les toilettes d'été !

Et puis, pendant que nous y sommes, nous ne mettrons plus de beurre dans les épinards, mes jolies ados en profiteront pour se remodeler la fesse (nue, la fesse, comme de bien entendu) !

 

Ah, la quincaillerie qui tremblote sur le revers du veston !

Ah, les trémolos dans la voix qui affirme que "l'on ne frappe jamais une femme, même avec une rose"!

Ah, la mine offensée de l'Honneur (avec un grand h) outragé !

 

Ah, le bel Homme d'Honneur (avec deux grands h Monseigneur !) que voilà !

Qui ne lèvera pas la main sur une femme mais non plus, et surtout, le petit doigt pour lui permettre d'éviter le pire !

 

Un Nônneur pareil, hein, ça vous glougloute au fond du gosier rien qu'à le prononcer.

Ça vous donne la chair de poule, ça vous met la larme à l'oeil.

Ça vous donne envie de claironner sur un air de Marseillaise, des longueurs de Patriiii-i-ee.

 

Ça se pose LA.

Voilà.

 

Comme un joli joyau de pacotille.

Un peu comme toutes ces breloques qui pendouillent au-dessus de la bedaine.

 

Un Nônneur à géométrie variable.

Un Nônneur disciple de Einstein prouvant mieux qu'une équation, par son existence même, la pertinence de la théorie de la relativité.

 

Génial.

En somme.

 

L'homme qui perd l'honneur à cause du négoce perd le négoce et l'honneur.

[Francisco de Quevedo]

Qu'est-ce que l'honneur ? Un mot. Qu'est-ce que ce mot, Honneur ? De l'air.

[William Shakespeare]

 

 

 

Ah mes agneaux, c'est qu'avec tout ça, j'en oublierais presque de compter mes centimes !... 

 

 


Publié dans : Natures mortes - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /Mai /2010 10:58

 

Février 2010

 

Le crépitement du bois sous la flamme, le ronflement régulier du réfrigérateur, le temps qui s'écoule goutte à goutte au rythme du tic-tac léger de l'horloge, le son assourdi des pas dans les chambres de l'étage, le bruissement des pages tournées d'un livre étudié, les mots chuchotés de la petite qui n'ose pas briser ce silence habité, la toux discrète de l'homme concentré, le jappement étouffé du chien qui rêve, le rai de soleil qui perce les nuages...La campagne alentour qui nous isole.

La paix enfin ?

Le cris brutaux des garçons qui rentrent et se chamaillent,  la gouaille de mon fils qui pérore, les geignements du petit qui se plaint encore, les exigences qui fusent, les réponses qui cinglent, le lait renversé, les traces de boue laissées par les bottes que l'on oublie d'ôter, le chien qui s'échappe une nième fois, le rappel à l'ordre maintes fois exprimé, les voix qui claquent et transpercent le tympan ...

Je me retire dans ma bulle. Ce n'est plus celle que nous partagions et que nourrissaient nos regards échangés et nos mains enlacées. C'est aujourd'hui une bulle de verre et de chimie qui me protège des autres et d'une réalité qui m'agresse trop et m'a demandé tant d'effort que je ne suis plus en mesure de résister au moindre stress.

Mars 2010


Pendant des mois j'ai forcé mon esprit à supporter ce que je ne voulais à aucun prix, à relativiser et rationaliser ce qui me heurtait, à étouffer mes exaspérations et ma frustration quand j'étais niée ou injuriée.  Pour l'amour de toi.

 

Parce que tu sais me blottir contre toi, parce que tes peines et tes tourments me sont  insupportables, parce que tes yeux bruns qui s'emplissent de larmes me nouent le coeur, j'ai  porté seule l'angoisse du lendemain et la précarité financière et j'ai tu ma fatigue pour partager nos caresses nocturnes.

 

Parce que j'aime voir ce grand sourire sur ton visage et que j'adore le bonheur que tu dis connaître enfin, je souris pour cacher mes émotions, je te soutiens dans une lutte inégale toi qui n'es que naïveté et ne comprends pas à quel point la haine peut être le moteur de certains.

Je t'aime tout entier, totalement, définitivement. Tu as gagné ma confiance, tu m'as apprivoisée, je n'ai presque plus peur de l'avenir.

 

Jusqu'à peu encore, en apparence tout au moins, la cuirasse de métal que je m'étais si longuement forgée, sous la tendre contrainte de ton amour exprimé, semblait se fondre et se résoudre.

Mais au fond, mon esprit torturé par la discipline que je lui imposais, fourbissait sa résistance. Je me suis mise à souffrir de crises de panique de plus en plus fréquentes et violentes. J'ai combattu le stress grâce à de petites pilules. Je retournai voir mon psy. L'affreuse trouille qui attendait son heure de retour depuis dix ans faisait un come-back triomphal. 

 

La résistance s'est faite plus rude.

http://img.over-blog.com/340x455/1/18/77/24/galerie2/tetedansmains2.jpgMai 2010


 Aujourd'hui, comme d'autres fois hélas, à bout que j'étais, tout a explosé.


Un jour en février déjà,  saoule du harcèlement de cette autre que je ne connais pas, prise d'une attaque sévère, je me suis rendue aux urgences, j'ai demandé à être internée pour me reposer avant de devenir folle de stress. Puis j'ai pensé à mon devoir, celui d'assurer ces vacances en famille recomposée que semble vouloir tuer dans l'oeuf la mère de tes enfants.  J'ai tenu bon. J'en suis heureuse.

 

Une autre fois, en avril, les urgences à nouveau. Une autre attaque de panique consécutive à un appel de trop de cette omniprésente qui complique tout et cherche chaque opportunité d'embrouiller ce qui est simple, de te meurtrir quand tu veux n'être que tendre envers tes petits.

 

Obsédée par ce harcèlement contre lequel nous ne pouvons rien, malgré le thérapeute qui me soutient et m'aide à prendre du recul, les crises se sont multipliées. Bientôt je n'ai pas pu me rendre au travail seule. Je ne sais pas mieux conduire la  voiture et faire de simples courses au supermarché tout proche. J'avale des pilules pour emmener le plus jeune chez l'orthophoniste...

 

Aujourd'hui, j'ai eu, comme d'ordinaire, le coeur qui a suspendu son rythme régulier quand le téléphone a sonné. L'homme criait au téléphone, sans laisser le moindre silence te permettant de t'expliquer. Les secondes s'écoulaient qui me semblaient de heures, ma respiration s'accélérait comme grandissait ma colère devant tant d'injustes critiques et ton impuissance manifeste à endiguer ce flot de paroles agressives et plein de menaces à peines voilées.

 

Je suis tombée tête en avant, les mains crispées sur ma poitrine, une boule infecte sur le coté gauche, la tête chaude et bourdonnante, l'impression d'une mort imminente sous le coup de la rage muette.C'est à peine si tu as eu le temps de m'attraper par le bras et de me conduire à la clinique, toutes fenêtres ouvertes pendant que je récitais pour me calmer et tel un mantra, une vielle prière venue du fond de ma mémoire.

 

Etat de choc, attaque de panique, 7 jours d'ITT.

 

Vais-je supporter encore longtemps sans bouger qu'une femme ne sachant pas accepter l'échec de sa propre vie sentimentale, se serve de nous comme de punching-ball ? Ne suis-je pas en quelque sorte victime aussi de ces attaques incessantes qui polluent ma vie autant que la tienne ? Ne serait-il pas temps d'agir pour faire cesser ce supplice machiavélique et destructeur ?

 

 

 



Publié dans : Natures mortes - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire
Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /Avr /2010 13:02

http://img.over-blog.com/400x397/2/85/11/81//Copie-de-Image-4.jpgLe monde entier, parfois, me pèse.


Qu'est-ce donc que ces intrusions incessantes dans notre bonheur ? Pourquoi faut-il que ceux qui souffrent trouvent naturel de laisser partout leurs scories ? Pourquoi faudrait-il payer pour une faute qui n'est pas la nôtre ? Quel mal y a-t-il à être honnête avec soi-même et à dire "stop" à ceux qui nous aiment si mal et que nous n'aimons plus ?  Quelle est cette indécence qui autorise celui qui se pense injustement délaissé à vomir sa hargne sur l'autre ?

Je voudrais pouvoir fermer la porte et les fenêtres. Empêcher que tu sois torturé par cette voix criarde, geignarde et chicanière qui t'accuse de tout sans rien écouter ni entendre.

Je te vois et l'entends. J'ai les mains qui tremblent. Je sais que ce qu'elle crie est injuste ou biaisé. Je connais le mal que tu te donnes pour garder ton calme. Je suis témoin de tes tourments quand tu penses aux enfants qui te manquent et je ressens les blessures que t'infligent ses méchantes remarques à mon sujet.


Et nous aimerions courir léger vers demain. 

Profiter du bonheur d'avancer ensemble sur un nouveau chemin dégagé des débris du passé.  

 

Mais ce passé, le tien, le mien, nous colle aux basques comme de la boue grasse aux semelles. Nos pas légers sont alourdis. Au lieu de marcher sereins, nous pesons des tonnes. Alors que notre ciel est bleu, ceux qui apportent la pluie et l'orage grignottent chaque jour quelques heures de notre joie.

 

Comme je ne peux pas hurler, je tremble comme une feuille. Comme tu ne sais pas pleurer, tu crispes les mâchoires.

Alors, nous nous rejoignons au creux du lit. Dans notre bulle.

 

Il y fait bon.

Il y fait doux.

Le seul endroit où nous sommes protégés des autres.

Regard à regard, mains dans les mains, nos corps se réchauffent et blottis l'un contre l'autre, nous éloignons la tourmente. 

 

Nous sommes tellement, tellement fatigués.

 


 

 

Illustration de Gaëlle Boissonnard



 



Publié dans : Natures mortes - Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire
Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 23:39
http://arbrealettres.files.wordpress.com/2009/09/bonte.jpgJe n'ai jamais rencontré auparavant une aussi belle personne que lui. Il ne connaît ni la rancune, ni l'envie, ni le mépris, ni l'intolérance.

Les seuls sentiments qui l'agitent sont l'amour et la gentillesse envers autrui, la tristesse ou la déception.

Seulement ...
Seulement ...

A force de petites mesquineries répétées, à force de mauvaise foi, à force de provocations et de harcelement par mails, puis sms, appels téléphoniques, courriers, sur tout et n'importe quoi, elle a réussi ce que jamais aucun de ceux qui le côtoient au quotidien n'aurait pensé possible : le faire sortir de ses gonds.

Mon petit homme, je t'aime et j'ai mal pour toi.
 


Publié dans : Natures mortes - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 21:29

http://s.myniceprofile.com/myspacepic/150/15036.jpgC’est l’histoire d’une souffrance ordinaire et banale. Qui n’est unique que parce qu’elle est tout à coup mienne et que je ne la croyais destinée qu’aux « autres ».


Il était mon mari à moi. Je lui avais demandé sa main, il me l’avait donnée et,  à ma manière,  je l’aimais.  Je tenais à lui. Je le tenais aussi. Je l’ai tenu longtemps, malgré lui. Je le sais désormais mais ne me l’avoue pas. Je refuse son départ brutal, je nie son désamour, je veux rester présente, je refuse qu’il s’envole et s’enfuit.  « Madame, rendez-moi mon mari ! ».

 

J’ai toujours été déterminée. Je fus une enfant volontaire, j’ai réussi mes études, je répondais à ce que l’on attendait de moi et en avais fait mon projet personnel. J’aime la conformité et, alors même que je faisais semblant de transgresser l’ordre établi en adoptant des postures rebelles, je traçais mon chemin de manière droite et inflexible.

 

Lui, c’était un jeune homme gentil, calme et doux. Nous menions le même jeu d’enfants indociles alors que nous avions l’un et l’autre la même aspiration.  Je n’ai eu aucun mal à le rallier à mes idéaux, il exprimait les mêmes. Le mariage, la vie de couple qui devient vie de famille, les enfants, l’appartement dont nous deviendrions les heureux propriétaires et puis la carrière de l’un et de l’autre … J’étais son soutien, je l’aidais à gravir les marches, à obtenir ses diplômes. Je veillais à ce que notre foyer réponde à nos mes exigences. Nous étions heureux.

 

Je ne suis pas très sensuelle. Je n’aime pas me laisser aller. Je fuis toute expression vulgaire de joie et de désir. J’aime que l’amour soit comme le reste : contenu et décent. Et puis, je n’aime pas particulièrement mon corps. J’aime mieux mon cerveau cartésien que les courbes de mes hanches. Ce qui est carré devient limpide.

Je déteste les pulsions, les émotions violentes, les choses qui coulent et qui s’emballent, les effusions bruyantes, les caresses gênantes, les gestes d’amour qui nous laissent pantelants : je déteste être pantelante !


Et puis, avec beaucoup de lucidité, je sais que je ne suis pas jolie. C’est grossier toute cette chair, ces poils noirs, ces jambes lourdes. Je fais du sport. Je dompte la mollesse. Je n’aime pas la mollesse.  J’aimais qu’il soit tout en os. Et ce qu’il faisait ailleurs pour combler des désirs que je réprouvais, me convenais parfaitement. C’était mon mari. Du moment qu’il rentrait le soir et aimait sa famille…


Ah ! Je ne dis pas que j’étais indifférente ! Non, non, non ! Je savais bien quand même reconnaître le geste plus lent, le silence apaisé, la fumée du joint qui accompagnait le soupir du satisfait. Mais à quoi bon en parler ? Il faut parfois savoir se taire. J’avais quelquefois mal au ventre mais, au final, il était là, avec moi ou bien il jouait au parc avec les petits et n’est-ce pas le plus important quand on désire que le couple dure ?

ll faut savoir aussi ne pas être trop exigeant.


Quand a-t-il commencé à changer vraiment ? A quel moment ai-je pressenti qu’il m’échappait et que je ne maîtrisais plus tout à fait le chemin que suivait ma vie ? Il y eu cette première fois, alors que je lui demandais de participer comme moi au ménage du week-end. Cette première fois où sa réponse cingla et où son regard noir me transperça comme une épée. Je n’avais jamais vu encore cette violence muette. Ses yeux, en une fraction de seconde, me firent taire. Je fis volte-face et m’enfuis, l’esprit troublé. Je haussais finalement les épaules et ce regard à peine entrecroisé ne fut plus bientôt qu’un souvenir enfoui sous les gestes du quotidien que nous faisions ensemble.

 


Aujourd’hui, je suis seule dans mon lit. J’ai froid. Sa chaleur me manque. Et cet étrange souvenir me hante alors même que je n’y pensais plus. Je dois comprendre. Je veux comprendre ! Et son  ventre me manque aussi cruellement que son pas léger dans les escaliers ou l’odeur de sa cigarette roulée.  Elle, je la hais !! Qu’a-t-elle fait de lui ?   Je ne le reconnais plus ! Cette voix atone quand il me répond au téléphone, ce léger rire sarcastique quand j’appelle pour les enfants, cette manière définitive et coupante de dire qu’il ne veut plus me voir alors que je tente d’adoucir mes paroles.


Non !!! Ne raccroche pas. Je veux ta voix au téléphone, j’ai besoin de garder le lien, j’ai besoin de te savoir au bout du fil. S’il te plait, ne coupe pas ce fil… Je veux que tu m’aimes encore !!!!

 


J’ai honte de moi…

 

Je ne suis pas idiote. Je sais que je n’appelle que parce que je me cherche des alibis pour sentir qu’il existe encore. Pour que nous existions ensemble…

 

Mais qu’est-ce qui m’a prise de lui proposer de nous voir à quatre, avec les enfants ? Qu’est-ce que c’est que cette façon de monter mon chagrin ? Pourquoi ne puis-je pas – comme tant d’autres – surmonter le désir que j’ai de lui, de le savoir mien ? Je me déteste.


Je la déteste plus encore.


De les savoir ensemble, heureux, indifférents à mon malheur, me tue.

Ah !!...Comme je déteste ces nuits solitaires qui me rongent et me supplicient…   

Le sommeil me fuit, l’image de leurs deux corps enlacés me glace, j’ai le ventre fouaillé par une douleur dont je refuse de reconnaître l’origine, je tremble, je me souviens de ses mains chaudes, je le voudrais mort, je le voudrais là.

Je me sens oppressée, j’ai ce nœud énorme au fond de la gorge, j’ai envie de crier, de hurler de broyer…

Je ne verse qu’une larme horriblement amère. Ça fait un mal de chien cette larme unique qui brûle le nez et ne laisse pas s’échapper le chagrin…   


 Je ne peux pas rester ici, dans ces draps insupportablement froids, dans cette obscurité qui me révèle mon échec, ma sottise, mon aveuglement. Je me relève, quitte ce lit honni, descends au rez-de-chaussée et rôde dans la maison glaciale. Mes gosses me pèsent comme d’insupportables obligations, je ne me reconnais plus dans cette femelle déchirée par la douleur, j’ai des envies de meurtre, le prendre lui et le contraindre, la prendre elle et la martyriser, me prendre moi et m’éliminer … Non, non, non !  Il faut que je souffle et que je me rassemble. Il faut que je reprenne pied. Je ne dois pas faire de bruit pour ne pas réveiller les enfants à l’étage. Je dois écrire cette lettre demain pour ce poste qui me plait. Tiens, il faudrait aussi que je songe à étendre la lessive.  Et puis, il y a aussi le garage à ranger….

 

Et toutes ses affaires qu’il devait reprendre !...Et voilà la rage à nouveau ! Ah, comme je voudrais pouvoir sauter dans la voiture, parcourir ces kilomètres d’autoroute, sonner, l’arracher à l’étreinte de cette autre que j’exècre !!

  


L’eau bout et le bruissement des bulles qui enflent emplie la cuisine déserte et silencieuse. Ce silence est tellement épais qu’il en a la densité d’un brouillard. Je le sens autour de moi et bizarrement, il me réchauffe.  

Je ne sais pas pourquoi j’ai mis la casserole sur le feu mais ce bouillonnement me calme.

Je prépare ma cigarette avec lenteur, comme un alchimiste. Je  dispose l’herbe avec une concentration d’élève studieux, je la roule entre mes doigts.  Je focalise mon attention sur ce moment suspendu que j’accueille comme un répit salvateur. J’anticipe la première bouffée que je vivrais comme on soupire de soulagement et qui m’aidera mieux que cette larme orpheline qui ne me sert à rien.

 

Je ne veux pas de musique. Je ne veux pas de bruit. Je ne veux pas de souvenir. Je ne veux pas de pensées. Je veux rester là, tranquille et attendre que le calme revienne. Et que mon cœur ralentisse et que ma colère cesse et que, enfin, je redevienne moi-même.

Demain, je serai là comme tous les matins, et la vie reprendra son cours normal et j’habillerai les enfants pour l’école et je sourirai aux voisins et je parlerai avec la maîtresse du plus jeune et je serai à nouveau moi.


Moi. 

 

 


Publié dans : Natures mortes - Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 13:00
Je lis dans ton âme comme dans un livre ouvert.

Les incohérences de tes démonstrations, ta farouche volonté à me nier, tes exagérations, ta voix qui monte et qui se perche dans d'insupportables aigus, les messages dont tu l'abreuves sans rien y dire d'essentiel, tes "je veux, j'exige", tes menaces vaines, tes critiques mauvaises et injustifiées sur son rôle de père, la cécité dont tu fais preuve dès qu'il tente de te faire comprendre le nouvel équilibre que nous souhaitons atteindre dans notre recomposition familiale...Tout manifeste ton dépit et ton amertume.

Je te comprends.

Moi, à tes yeux de femme lâchée, je suis la garce. Celle qui t'as volé ton homme.

Mais regarde-toi plutôt au fond des yeux. Regarde la vérité. Accepte-là. S'il est parti, c'est pour me rejoindre il est vrai. Mais ce n'est pas à cause de moi.
Depuis longtemps déjà, l'amour n'existait plus dans votre semblant de couple. Depuis longtemps, il était seul avec toi. Depuis longtemps, tu ne savais plus rien de ce qu'il ressentait ou vivait puisque tu ne t'en préoccupais pas.

Il fallait sans doute l'aimer quand il était encore là. Ne me reproche pas tes manquements. Ne rejette pas une faute qui est tienne sur moi qui n'était pas là quand il était encore temps.

Toute entière à ta hargne et à ton déni de réalité, tout entière à tes pathétiques vociférations qui n'ont comme but que l'expression de ton injuste colère, tu ne fais du mal qu'à tes enfants.


recomposition-familiale2.jpgLà où nous souhaitons recréer une harmonie familiale en mêlant les mèches blondes et brunes dans les mêmes éclats de rire ou de voix, tu t'entêtes à semer la zizanie.

Quand les enfants me questionnent, réclament attention et soins, expriment leur besoin de tendresse ou font des sottises de leur âge, que ce soit les tiens ou les miens importe peu : je réponds avec un égal sentiment maternel.

Je suis aussi préoccupée du dernier qui se mure dans le silence que du premier qui trace désormais seul son chemin. Je câline la petite qui suce encore son pouce comme j'apaise la grande qui s'angoisse de ses premières amours.
 
Tes enfants parlent de moi et te racontent leur vie à la maison ? Au lieu de t'en réjouir, tu t'en émeus dans un accès de rage égoïste et imbécile.

Préfèrerais-tu que nous fassions deux poids, deux mesures ? Que je ne réponde pas aux questions que me posent tes enfants ?

N'as-tu pas songé, sotte que tu es, qu'à tout prendre, ce serait beaucoup plus facile pour moi de ne pas me préoccuper de tes petits et de les traiter avec indifférence ?




Publié dans : Natures mortes - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés