Je ne suis pas celle que vous croyez
Ah mais je vois bien où me conduit encore mon esprit retors !
A force de le côtoyer depuis si longtemps, je connais ses manœuvres !
Comment il "objective" pour pouvoir mieux m'isoler de mon histoire en me postant sur les gradins au milieu des spectateurs. Comment il refuse la chronologie et préfère les touches de couleurs déposées au hasard pour me faire perdre le fil et me perdre moi-même dans ce joli imbroglio.
Comment il me suggère insidieusement que c'est mal de s'épancher sur soi-même et de prendre plaisir à se considérer.
Je crois mon esprit plus puissant que moi. Je lui confère une existence propre. Je lui fais confiance. C'est mon meilleur allié.
Il est rare qu'il m'ait trahie lorsque je l'appelle à la rescousse pour trouver des solutions aux situations compliquées qui me dépassent. Il fait son œuvre en silence, sans que je m'en rende compte. Cela peut prendre plus ou moins de temps et je ne m'en inquiète pas. Une fois le problème posé, j'entame une attente sereine de la solution qui va immanquablement arriver et je continue à m'occuper de choses et d'autres, à profiter de la vie, à m'investir dans des occupations diverses et variées qui n'ont rien à voir avec la question en suspens. Lorsqu'il a terminé son travail solitaire avec je ne sais quelle méthode d'analyse ou quel système de synthèse, il vient déposer ses conclusions qui, d'une certaine manière, me sautent alors aux yeux.
Mais c'est aussi mon pire ennemi.
Il est toujours là, tapi non loin, prêt à falsifier, à complexifier, à transformer ce que je voudrais vivre simplement. Il s'agite, envoie des nuages de fumée, brouille les signaux, pollue ce qui est beau, barbouille ce qui est clair.
Jamais il ne me laisse en paix.
Au moment même où je souhaiterais profiter toute entière de l'instant présent, m'y plonger avec délice sans plus réfléchir et suivre mon instinct ou mes intuitions, mon esprit s'interpose qui veut aussitôt prendre la direction des opérations !
Quand j’ai le cœur qui bat plus fort, si je tremble sous l’étreinte ou vibre au son d’une voix. Lorsque je ressens la joie naïve ou l'étonnement ravi du sentiment amoureux, il s'invite inopinément pour interrompre l'évolution lente et naturelle de la relation.
Il monte aussitôt des barricades en tous genres sous forme d'insidieuses questions ou d'effrayantes affirmations et s'ensuivent de furieux combats intérieurs dans lesquels je m'enlise comme dans des sables mouvants.
C'est fou en vérité comme il est facile de se perdre et de se cacher à soi-même. Comme il est facile au fond, de jouer la partition que l'on attend de vous. De poser des questions pour ne pas répondre à celles que l'on vous pose, de réinventer le passé pour faire travailler son psy sur un ailleurs que soi, de se donner les permissions qui autorisent à faire n'importe quoi, de paraître folle ou admirable en fonction des occasions et de l'humeur du jour, de manipuler les émotions des autres, de fuir les siennes.
De fuir surtout.
Au cache-cache permanent, je suis la grande perdante et je sais maintenant que ce piège, ce miroir aux alouettes que j'ai si longtemps présenté aux autres, s'est refermé totalement sur moi. A force de jouer et d'esquiver et de vouloir sans arrêt dominer, maîtriser ou écarter les émotions, je ne sais plus dire "je t'aime" parce que je ne sais même plus quand j'aime. Je ne sais plus demander et encore moins recevoir. Je n'arrive pas à fixer dans les yeux ceux qui me questionnent sur moi-même par peur sans doute qu'ils ne découvrent, derrière le miroir, mon âme et les défauts de la cuirasse.
Je ne réponds plus qu'au travers d'un écran et par le truchement d'un filet, je ne peux être que ce que je parais et j'ai parfois l'impression d'être tout aussi virtuelle que mes avatars...
Finalement, là, quand je me pose, je me demande si je ne suis pas au bord de la rupture.
A force de le côtoyer depuis si longtemps, je connais ses manœuvres !
Comment il "objective" pour pouvoir mieux m'isoler de mon histoire en me postant sur les gradins au milieu des spectateurs. Comment il refuse la chronologie et préfère les touches de couleurs déposées au hasard pour me faire perdre le fil et me perdre moi-même dans ce joli imbroglio.
Comment il me suggère insidieusement que c'est mal de s'épancher sur soi-même et de prendre plaisir à se considérer.
Je crois mon esprit plus puissant que moi. Je lui confère une existence propre. Je lui fais confiance. C'est mon meilleur allié.
Il est rare qu'il m'ait trahie lorsque je l'appelle à la rescousse pour trouver des solutions aux situations compliquées qui me dépassent. Il fait son œuvre en silence, sans que je m'en rende compte. Cela peut prendre plus ou moins de temps et je ne m'en inquiète pas. Une fois le problème posé, j'entame une attente sereine de la solution qui va immanquablement arriver et je continue à m'occuper de choses et d'autres, à profiter de la vie, à m'investir dans des occupations diverses et variées qui n'ont rien à voir avec la question en suspens. Lorsqu'il a terminé son travail solitaire avec je ne sais quelle méthode d'analyse ou quel système de synthèse, il vient déposer ses conclusions qui, d'une certaine manière, me sautent alors aux yeux.
Mais c'est aussi mon pire ennemi.

Il est toujours là, tapi non loin, prêt à falsifier, à complexifier, à transformer ce que je voudrais vivre simplement. Il s'agite, envoie des nuages de fumée, brouille les signaux, pollue ce qui est beau, barbouille ce qui est clair.
Jamais il ne me laisse en paix.
Au moment même où je souhaiterais profiter toute entière de l'instant présent, m'y plonger avec délice sans plus réfléchir et suivre mon instinct ou mes intuitions, mon esprit s'interpose qui veut aussitôt prendre la direction des opérations !
Quand j’ai le cœur qui bat plus fort, si je tremble sous l’étreinte ou vibre au son d’une voix. Lorsque je ressens la joie naïve ou l'étonnement ravi du sentiment amoureux, il s'invite inopinément pour interrompre l'évolution lente et naturelle de la relation.
Il monte aussitôt des barricades en tous genres sous forme d'insidieuses questions ou d'effrayantes affirmations et s'ensuivent de furieux combats intérieurs dans lesquels je m'enlise comme dans des sables mouvants.
C'est fou en vérité comme il est facile de se perdre et de se cacher à soi-même. Comme il est facile au fond, de jouer la partition que l'on attend de vous. De poser des questions pour ne pas répondre à celles que l'on vous pose, de réinventer le passé pour faire travailler son psy sur un ailleurs que soi, de se donner les permissions qui autorisent à faire n'importe quoi, de paraître folle ou admirable en fonction des occasions et de l'humeur du jour, de manipuler les émotions des autres, de fuir les siennes.
De fuir surtout.
Au cache-cache permanent, je suis la grande perdante et je sais maintenant que ce piège, ce miroir aux alouettes que j'ai si longtemps présenté aux autres, s'est refermé totalement sur moi. A force de jouer et d'esquiver et de vouloir sans arrêt dominer, maîtriser ou écarter les émotions, je ne sais plus dire "je t'aime" parce que je ne sais même plus quand j'aime. Je ne sais plus demander et encore moins recevoir. Je n'arrive pas à fixer dans les yeux ceux qui me questionnent sur moi-même par peur sans doute qu'ils ne découvrent, derrière le miroir, mon âme et les défauts de la cuirasse.
Je ne réponds plus qu'au travers d'un écran et par le truchement d'un filet, je ne peux être que ce que je parais et j'ai parfois l'impression d'être tout aussi virtuelle que mes avatars...
Finalement, là, quand je me pose, je me demande si je ne suis pas au bord de la rupture.
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