Ça va mal finir
Ça va mal se finir tout ça.
Je suis trop fatiguée, trop excédée, trop stressée, trop statique, trop paresseuse, trop exigeante, trop impatiente. Débordée.
Je fume trop, je bois trop, j'avale trop de bonbons roses, je travaille trop. Je ne dors plus assez, je ne bouge plus assez, je ne ris plus assez. Je ne mange plus de légumes ni de fruits. J'avale à la va-vite et à n'importe quelle heure ce qui me tombe sous la main : un bout de fromage, un sandwich au pâté, un morceau de quiche qui traîne, des goûters fourrés au chocolat dont personne ne veut, des pizzas congelées.
J'explose. Mon corps me dit "halte". Je lui réponds "ta gueule" et j'ai peur.
Je dors dans un coin du salon, je n'ai pas de place pour ranger mes affaires, je ne trouve jamais le matin ni la brosse, ni le peigne, ni le mascara, ni le pull que je comptais enfiler.
La maison est en chantier permanent, le robinet du lavabo est cassé depuis quatre mois, le parquet du couloir n'est pas terminé, les chambres des gosses sont de vrais capharnaüms, les paquets de gâteaux, les assiettes sales, les verres vides, les babioles collectionnées, les cahiers ouverts, les stylos qui fuient, les vêtements, s'entassent sous les lits, sur les bureaux, au milieu des pièces. Je fais lessives sur lessives pour évacuer ce que les filles balancent "au sale" pour faire le vide, le linge propre que je plie n'est jamais rangé dans les armoires, les piles s'affaissent, les T-shirts se froissent quand elles farfouillent le matin dans le panier pour se préparer, les tubes de dentifrice dégueulent sur le coin de la baignoire, les serviettes mouillées servent de tapis de bain, le porte serviette accueille un monceau de fringues. Dans la cuisine, l'évier leur sert de poubelle et j'y trouve de tout : boites de lait vides, emballages de surgelés, boites de conserve ouvertes, canettes de jus de fruit, écailles d'oeufs, biscuits écrasés, le tout mélangé à des assiettes encore à demi pleines, aux couverts pleins de beurre et de nutella. J'imagine que l'effort d'ouvrir le lave vaisselle est au-dessus de leurs forces.
Le bruit est partout : télé dans les chambres, radio, cris, injures, pleurs, camion de pompier, simulacres d'accidents de voitures, ricanements, fous rires, sonneries de portables.
J'arrive tous les soirs dans ce vaste chaos.
Je fonce sur l'ordi.
Je m'enfonce dans la toile pour échapper.
Je fume pour me calmer.
J'explose. Ça fait du bruit. Encore davantage. Je me sens injuste. Je m'en veux. Je leur en veux.
J'ai la haine.
Je bois pour oublier.
J'avale une pilule pour supporter.
"Ne pleure pas maman, si les filles sont méchantes avec toi. Ne pleure pas sinon je vais pleurer aussi"
"Je pleure pas mon bichon, j'ai un rhume. Dors mon coeur, maman est fatiguée.."
Je fais un grand sourire. Je chuchote à l'oreille. Je me plonge dans son cou tout doux. Une minute de paix, debout, sur la pointe des pieds pour mieux l'enlacer dans son lit surélevé, le nez dans dans son odeur d'encore petit garçon.
J'explose. Sans bruit. En dedans.
Ça va mal se finir tout ça.
Je suis trop fatiguée, trop excédée, trop stressée, trop statique, trop paresseuse, trop exigeante, trop impatiente. Débordée.
Je fume trop, je bois trop, j'avale trop de bonbons roses, je travaille trop. Je ne dors plus assez, je ne bouge plus assez, je ne ris plus assez. Je ne mange plus de légumes ni de fruits. J'avale à la va-vite et à n'importe quelle heure ce qui me tombe sous la main : un bout de fromage, un sandwich au pâté, un morceau de quiche qui traîne, des goûters fourrés au chocolat dont personne ne veut, des pizzas congelées.
J'explose. Mon corps me dit "halte". Je lui réponds "ta gueule" et j'ai peur.
Je dors dans un coin du salon, je n'ai pas de place pour ranger mes affaires, je ne trouve jamais le matin ni la brosse, ni le peigne, ni le mascara, ni le pull que je comptais enfiler.
La maison est en chantier permanent, le robinet du lavabo est cassé depuis quatre mois, le parquet du couloir n'est pas terminé, les chambres des gosses sont de vrais capharnaüms, les paquets de gâteaux, les assiettes sales, les verres vides, les babioles collectionnées, les cahiers ouverts, les stylos qui fuient, les vêtements, s'entassent sous les lits, sur les bureaux, au milieu des pièces. Je fais lessives sur lessives pour évacuer ce que les filles balancent "au sale" pour faire le vide, le linge propre que je plie n'est jamais rangé dans les armoires, les piles s'affaissent, les T-shirts se froissent quand elles farfouillent le matin dans le panier pour se préparer, les tubes de dentifrice dégueulent sur le coin de la baignoire, les serviettes mouillées servent de tapis de bain, le porte serviette accueille un monceau de fringues. Dans la cuisine, l'évier leur sert de poubelle et j'y trouve de tout : boites de lait vides, emballages de surgelés, boites de conserve ouvertes, canettes de jus de fruit, écailles d'oeufs, biscuits écrasés, le tout mélangé à des assiettes encore à demi pleines, aux couverts pleins de beurre et de nutella. J'imagine que l'effort d'ouvrir le lave vaisselle est au-dessus de leurs forces.
Le bruit est partout : télé dans les chambres, radio, cris, injures, pleurs, camion de pompier, simulacres d'accidents de voitures, ricanements, fous rires, sonneries de portables.
Je fonce sur l'ordi.
Je m'enfonce dans la toile pour échapper.
Je fume pour me calmer.
J'explose. Ça fait du bruit. Encore davantage. Je me sens injuste. Je m'en veux. Je leur en veux.
J'ai la haine.
Je bois pour oublier.
J'avale une pilule pour supporter.
"Ne pleure pas maman, si les filles sont méchantes avec toi. Ne pleure pas sinon je vais pleurer aussi"
"Je pleure pas mon bichon, j'ai un rhume. Dors mon coeur, maman est fatiguée.."
Je fais un grand sourire. Je chuchote à l'oreille. Je me plonge dans son cou tout doux. Une minute de paix, debout, sur la pointe des pieds pour mieux l'enlacer dans son lit surélevé, le nez dans dans son odeur d'encore petit garçon.
J'explose. Sans bruit. En dedans.
Ça va mal se finir tout ça.
Image : Magritte-Double-Secret
Publicité