Torture

Publié le par hypogée

 

Février 2010

 

Le crépitement du bois sous la flamme, le ronflement régulier du réfrigérateur, le temps qui s'écoule goutte à goutte au rythme du tic-tac léger de l'horloge, le son assourdi des pas dans les chambres de l'étage, le bruissement des pages tournées d'un livre étudié, les mots chuchotés de la petite qui n'ose pas briser ce silence habité, la toux discrète de l'homme concentré, le jappement étouffé du chien qui rêve, le rai de soleil qui perce les nuages...La campagne alentour qui nous isole.

La paix enfin ?

Le cris brutaux des garçons qui rentrent et se chamaillent,  la gouaille de mon fils qui pérore, les geignements du petit qui se plaint encore, les exigences qui fusent, les réponses qui cinglent, le lait renversé, les traces de boue laissées par les bottes que l'on oublie d'ôter, le chien qui s'échappe une nième fois, le rappel à l'ordre maintes fois exprimé, les voix qui claquent et transpercent le tympan ...

Je me retire dans ma bulle. Ce n'est plus celle que nous partagions et que nourrissaient nos regards échangés et nos mains enlacées. C'est aujourd'hui une bulle de verre et de chimie qui me protège des autres et d'une réalité qui m'agresse trop et m'a demandé tant d'effort que je ne suis plus en mesure de résister au moindre stress.

Mars 2010


Pendant des mois j'ai forcé mon esprit à supporter ce que je ne voulais à aucun prix, à relativiser et rationaliser ce qui me heurtait, à étouffer mes exaspérations et ma frustration quand j'étais niée ou injuriée.  Pour l'amour de toi.

 

Parce que tu sais me blottir contre toi, parce que tes peines et tes tourments me sont  insupportables, parce que tes yeux bruns qui s'emplissent de larmes me nouent le coeur, j'ai  porté seule l'angoisse du lendemain et la précarité financière et j'ai tu ma fatigue pour partager nos caresses nocturnes.

 

Parce que j'aime voir ce grand sourire sur ton visage et que j'adore le bonheur que tu dis connaître enfin, je souris pour cacher mes émotions, je te soutiens dans une lutte inégale toi qui n'es que naïveté et ne comprends pas à quel point la haine peut être le moteur de certains.

Je t'aime tout entier, totalement, définitivement. Tu as gagné ma confiance, tu m'as apprivoisée, je n'ai presque plus peur de l'avenir.

 

Jusqu'à peu encore, en apparence tout au moins, la cuirasse de métal que je m'étais si longuement forgée, sous la tendre contrainte de ton amour exprimé, semblait se fondre et se résoudre.

Mais au fond, mon esprit torturé par la discipline que je lui imposais, fourbissait sa résistance. Je me suis mise à souffrir de crises de panique de plus en plus fréquentes et violentes. J'ai combattu le stress grâce à de petites pilules. Je retournai voir mon psy. L'affreuse trouille qui attendait son heure de retour depuis dix ans faisait un come-back triomphal. 

 

La résistance s'est faite plus rude.

http://img.over-blog.com/340x455/1/18/77/24/galerie2/tetedansmains2.jpgMai 2010


 Aujourd'hui, comme d'autres fois hélas, à bout que j'étais, tout a explosé.


Un jour en février déjà,  saoule du harcèlement de cette autre que je ne connais pas, prise d'une attaque sévère, je me suis rendue aux urgences, j'ai demandé à être internée pour me reposer avant de devenir folle de stress. Puis j'ai pensé à mon devoir, celui d'assurer ces vacances en famille recomposée que semble vouloir tuer dans l'oeuf la mère de tes enfants.  J'ai tenu bon. J'en suis heureuse.

 

Une autre fois, en avril, les urgences à nouveau. Une autre attaque de panique consécutive à un appel de trop de cette omniprésente qui complique tout et cherche chaque opportunité d'embrouiller ce qui est simple, de te meurtrir quand tu veux n'être que tendre envers tes petits.

 

Obsédée par ce harcèlement contre lequel nous ne pouvons rien, malgré le thérapeute qui me soutient et m'aide à prendre du recul, les crises se sont multipliées. Bientôt je n'ai pas pu me rendre au travail seule. Je ne sais pas mieux conduire la  voiture et faire de simples courses au supermarché tout proche. J'avale des pilules pour emmener le plus jeune chez l'orthophoniste...

 

Aujourd'hui, j'ai eu, comme d'ordinaire, le coeur qui a suspendu son rythme régulier quand le téléphone a sonné. L'homme criait au téléphone, sans laisser le moindre silence te permettant de t'expliquer. Les secondes s'écoulaient qui me semblaient de heures, ma respiration s'accélérait comme grandissait ma colère devant tant d'injustes critiques et ton impuissance manifeste à endiguer ce flot de paroles agressives et plein de menaces à peines voilées.

 

Je suis tombée tête en avant, les mains crispées sur ma poitrine, une boule infecte sur le coté gauche, la tête chaude et bourdonnante, l'impression d'une mort imminente sous le coup de la rage muette.C'est à peine si tu as eu le temps de m'attraper par le bras et de me conduire à la clinique, toutes fenêtres ouvertes pendant que je récitais pour me calmer et tel un mantra, une vielle prière venue du fond de ma mémoire.

 

Etat de choc, attaque de panique, 7 jours d'ITT.

 

Vais-je supporter encore longtemps sans bouger qu'une femme ne sachant pas accepter l'échec de sa propre vie sentimentale, se serve de nous comme de punching-ball ? Ne suis-je pas en quelque sorte victime aussi de ces attaques incessantes qui polluent ma vie autant que la tienne ? Ne serait-il pas temps d'agir pour faire cesser ce supplice machiavélique et destructeur ?

 

 

 


Publié dans Natures mortes

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Werner 12/05/2010 17:56


Nous aimer.

Cesser ce face-à-face inégal et destructeur, d'où tous sortent perdants, et les justes et les enfants.

Ignorer avec un dédain léger leur agitation mesquine, qui n'a d'égale que leur médiocrité.

Jouir en paix de ce seul et unique bonheur, qui est et restera le nôtre, à jamais...