Antinomie

Publié le par hypos

Vendredi soir, dix-huit heures, tout est calme à la maison. Je suis lovée dans le fauteuil, penchée sur une grille de su-doku et la plus âgée des minettes a pris ma place devant le clavier et cliquette/caquette sur facebook.

Perrine, la plus jeune des filles rentre du collège. Elle jette son sac de classe dans sa chambre, revient et tourne dans le salon, repart dans la cuisine et ouvre les placards, repasse, et enfin, s'écroule sur le canapé devant moi, tout cela dans l'indiférence générale. J'ai presque terminé ma grille "expert" et Margaux semble facinée par des clichés mis en ligne.

- J'ai passé une trop bonne journée aujourd'hui !!, explose Perrine.

Silence. Chacune de nous poursuit sa tâche.

- J'en parlerais bien mais, bon ...

Aucune réaction, ni de sa mère, ni de sa soeur.

- Ah si, et puis, j'en parle quand même, tiens !

J'ai trouvé le 9 et le 2 manquants, je repose le magazine sur mes genoux, enfin prête à écouter.

- On a fait un devoir sur l'Europe en classe. Le prof de géo m'a fait lire mon résumé et il a dit que c'était digne d'une élève de terminale !!. Grand sourire, yeux brillants, voix haut perchée, elle n'est pas peu fière !

- Ah, génial ! , je réponds en veillant à prendre une mine enthousiate. Tu veux me le lire ?

Perrine bondit, aux anges, et court farfouiller dans son sac pour ramener le devoir. Sans abandonner son occupation, entre haut-et-bas, Margaux grogne devant le PC : "Pff ! y'en a que pour elle ! Moi, on me demande jamais de lire mes devoirs ..."

Perrine revient et commence à me lire son paragraphe argumenté. Je suis franchement étonnée par la qualité de son exposé. La pensée est bien contruite, l'écriture agréable, l'argumentation intelligente. Je m'empresse de lui dire. Ravie de mon air satisfait, elle achève sa lecture.

- Rhooh ! La honte !, ronchonne vaguement Margaux, les yeux toujours braqués sur l'écan et les doigts encore en action sur le clavier. "Moi, je vais rester toute ma vie en seconde et elle... ! "

Sa remarque nous fige, Perrine et moi, et du coup je cesse de m'exclamer quelques secondes sur le travail réalisé. Un court moment de silence.

Vite rompu par Margaux qui m'interroge, cette fois complètement tournée vers moi, l'air sérieux et toute tendue vers ma réponse :  "Au fait maman, ça veut dire quoi : nymphomane ? ".



- ??!??!!


Publié dans L'état de mère

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marie laure 22/01/2009 20:45

@Michel
J'aime beaucoup quand tu viens ici et que tu écris comme tu le ferais (peut être) sur ton propre espace. La lecture de tes billets me manque. Leur poésie et leur petit grain de folie surtout.

Michel Bourgeois 22/01/2009 13:04

Nouveau sans domicile fixe du web, tel un clochard, ce soir là, je remontais, les mains dans les poches, l’Hypos Avenue. Comme d’hab, elle y grouillait de monde s’interpellant de commentaires en billets.
J’avais un peu de mal à me frayer un chemin au milieu des argumentations des uns et des autres et cherchais mon bonheur dans les ruelles annexes de la « right column », lorsque qu’un « Mon blog de fille ici», qui extérieurement ne payait pas de mine, attira mon attention.
Un blog de fille ? Mouais ! Ça peut être intéressant … ? Je m’approchais et tout en vérifiant de n’être pas regardé, j’appuyais le bout du doigt sur … mais dans le même instant, je perdais brutalement l’équilibre et versais, roulais boulais, dans une sombre caverne. Ma chute ne semblait pas finir, et dans le noir le plus total … j’atteignis le fond.
D’un coup, le bruit et les fureurs du blog d’Hypos avait fait place a un inquiétant silence. J’étais arrivé à l’Hypogée.
Mais dans l’obscurité et le silence, on entendait leur respiration.
J’allumais un briquet et elles apparurent. La lumière vacillante du briquet leurs donnait comme une impression d’improbable mouvement.
M’étant un peu ressaisi, j’avançais dans cette galerie d’art que sont « Lettre de réclamation, Réveillons, Matins, … »
Inutile de chercher à comprendre, il n’y a rien à comprendre et l’endroit ne fait que renforcer et exacerber les sens.
la balise lumineuse au sol montrait le chemin et la distance que le visiteur est obligé de respecter dans sa découverte intime du lieu.
Derrière le masque blanc des personnages, on devine le regard qui suit votre cheminement.
J’arrivais finalement devant « Antinomie ». Je remarquais les deux personnages et, devant elles, posées par terre les énormes mâchoires de fer du piège à loup laissé là par l’artiste…
Nympho ou intello, bah c’est pas vraiment antinomique, même que c’est souvent la même personne, mais … pas au même moment … quoique, quoique ;))